Tu sais c'est le genre de machin que tu espères tout le temps et qui arrive pas souvent-souvent. Ne ricanes pas, je t'ai vu. Et maintenant ça va me prendre une plombe pour te ramener à une pensée cohérente et constructive. C'est dégoutant!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Merci pour ce beau moment.

L'ONU est vraiment une formation à découvrir sur scène.

Du début à la fin, tout est génial, le programme proposé est à couper le souffle : de Trust à Beethoven en passant par la page de pub Gotenairienne.

C'est un spectacle bien rodé avec énormément d'humour qui donne envie de se déplacer, même de loin.

Continuez. 

Bises.

Dominique Dussuelle

La première fois que t'entends parler du bidule c'est comme ça : on te dit, "ya un spectacle musical de L'ONU"...

...et franchement ça m'a scotché une très grosse paire de secondes avant que j'évite de demander pour quelle cause.

 

                                      L'ONU Orchestre National de Ukulélés,

 

faut dire : 'ʔukuˈlɛlɛ', c'est d'Hawaï. Et cet acronyme ONU, en plus de te titiller l'oreille et de presque te faire passer pour un con, ça te chatouille innocemment l'intelligence.

Et que si je te racontais un truc qui m'a simplement troué le cul et qui m'est arrivé la semaine dernière...

 

 

2-1-2, deux mecs sobres - une nana en robe blanche - deux mecs stricts, et puis tout plein de ukulélés tout partout, des grands, des gros, des moyens, des petits, des tout petits, des tordus, en fusée, en banjo, en guitare, devant, derrière, en haut, en bas c'est ça l'ONU qui entre en scène.

Ouais, y sont là. Clap-clap-clap-clap-clap et reclap.               

Et c'est tout de suite le bazar, ils te disent des trucs que t'es pas sûr que c'est vrai parce que t'es pris à froid mais quand ils commencent à ukuléler du "pas de boogie-woogie avant les prières du soir" tu comprends instantanément qu'il faut que tu te magnes de sauter dans le wagon et de mobiliser tes neurones valides, le train n'attend pas.

 

 

T'as des musicos qui font pas rire en face de toi, et tu sais d'entrée qu'il y a du charbon dans la chaudière et que les pistons vont fouetter les bielles de la loco. Tu le sens, ça va fumer. 

 

 

Donc ce truc trouant, ça se passait dans un coin paumé de chez paumé vers le Forez ou pas vers le Forez, une sorte d'endroit où tu vas pas tout seul. Une résidence de chais pas trop quoi ousque les gens qui font des trucs sympa peuvent les perfectionner leurs trucs sympa dans l'ambiance libératrice et insouciante du château de Galetas y Moscatell. Olé!!!

 

Quand tu t'es un peu perdu et que t'es malin, t'arrives quand même au château mais pas du bon côté. Et quand ya que trois bagnoles sur le parking, là tu te dis "putain la foule! J'ai peur!" T'arrives à la caisse et t'es vraiment mort de peur, ya deux vieux âgés devant toi et c'est dix zeuros. C'est des potes tu raques, tu vas au pêt, tu reviens, tu rentres, c'est plein. Ouf.

C'est mal foutu dedans mais tu sens très vite que c'est pas une salle dure pour une première, c'est pas des méchants les fans de ukulélé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bon, même si tu te tapes le cul sur des sièges en bois de troisième classe, tu pars tout guilleret pour une visite éblouissante, surprenante et ukulélesque des musiques que l'on connait, que l'on a connu, qu'on fredonne ou qu'on a fredonné, ousiffloté, ou chanté, ou hurlé, ou aimé, ou détesté, ou qu'on découvre. Yen a pour tous les goûts même les plus difficiles ou les plus inattendus. De Schmoll à FranceMu, aux Ritas, Stone&Charden, Trust, Brassens, Aznavourian, Renaud...

 

j'avoue que rencontrer du Eric Alfred Leslie Satie ukuléléationné, m'a surpris.

 

 

OK, la musique, c'est classe mais c'est pas qu'un concert. C'est pas le truc habituel où les musicos balancent leur égo et attendent que tu leur dises je t'aime à la fin du morceau. Eux, les ONU y t'attendent pas, ils enchaînent et de toute façon t'es monté volontairement dans leur express d'enfer pour une heure et demie de spectacle sans arrêt pipi.

 

C'est dense, c'est dru, c'est drôle, c'est subtil, c'est charmant, c'est coquin, c'est attachant, c'est léger, c'est fin, c'est émouvant, c'est époustouflant, c'est hilarant et pas seulement de Marseille parce que c'est un spectacle d'une intelligence rare, tu sais, de celles qui te transcendent. C'est délicat comme du Lilian Thuram évoquant le racisme des ignares sur FranceCu. 

 

Puis ya une mise en scène, c'est pas gesticulé, ya du rythme et du sens. T'es emporté par le ukulélélectrique sur "An-ti-so-cial", le poing levé, la joie de vivre au coeur, prêt à sauter en cadence avec tout le monde pour... je ne sais pas quoi. Mais t'es prêt.

 

Et il y a de la liaison, de l'enchaînement raffiné de texte et de geste quand il s'agit d'accorder régulièrement ces petites bestioles qui ne demandent qu'à fausser la tonalité, ça casse pas le rythme, c'est comme un soupir pour tous. Tu peux échanger pour la première fois un grand sourire complice avec tes voisins, jusque là t'étais trop occupé dans le plaisir, t'avais eu que le temps de te régaler.

 

C'est presque comme du Romain Bouteille sur scène, où tu t'empêches de rire au truc qui te plie pour ne pas rater le début de la suite qui va t'écrouler.

 

 

 

Et enfin, ya juste eu un peu de mou dans la corde à noeuds vers les deux tiers, un peu après l'incroyable "Aventura" dont il faut bien se remettre. Chais pas mais j'aurais bien vu un truc ou un machin dans le genre "Denise, je sens qu'je vais piquer une crise" pour satisfaire mon manque.

 

 

 

 

 

 

En revanche et surtout, il y a aussi ces images qui resteront dans mes quinquets pour longtemps comme la Vierge blanche berçant et gratouillant son jésukulélé sur son sein d'ivoire, un vrai bonheur. Vierge qui se transforme divinement en la furie qu'il faut pour "Marcia Baila" sans toutefois atteindre la démence qui nous aurait emporté sans retour vers cet ailleurs meilleur... Et c'est tant mieux car tout compte fait on n'est pas mal ici et on aurait raté l'éminemment jouissif grand bazar du final que je te raconte même pas parce qu'il faut le voir en vrai, et pis c'est tout.

 

 

 

Nous le savons et pas seulement de la Baltique, un spectacle jubilatoire et Français nom de dieu, où tu n'es jamais pris pour une bille, ça se fait rare. Et puis, si l'entrée avait même été à  vingt zeuros t'aurais pas eu l'impression que l'ONU t'avait fait les poches.                  

                                                                                                                                                     GIlles Sebaux